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Ce bois a tenu des coques en mer pendant 50 ans. Gildas Morvant en a fait 240 montres, il les vend 77 € avant de fermer son chantier

Après 43 ans à construire des bateaux de pêche dans le Finistère, le dernier charpentier de marine de Douarnenez a fabriqué 240 montres avec ce qu'il avait sous la main : du chêne de coque, du verre ramassé sur sa plage, et l'acier bleui des instruments de navigation. Il les vend 77 € avant de fermer définitivement.

Enquête • Finistère • Avril 2026

Gildas Morvant, 71 ans, dans son chantier de Douarnenez. Il travaille le chêne de marine depuis l'âge de seize ans.

Douarnenez, Finistère. Dans le hangar qui surplombe le port, l'odeur n'a pas changé. Chêne sec, huile de lin, vernis marin. Gildas Morvant est là depuis six heures du matin, comme chaque jour depuis quarante-trois ans. Mais ce matin, il ne travaille pas sur une coque. Il vérifie les dernières montres alignées sur l'établi, une par une, avant de les emballer.

 

240 montres. Faites à la main. En chêne de marine. Le même bois qu'il a cloué, raboté, calfaté toute sa vie pour que les bateaux des pêcheurs tiennent face à la mer d'Iroise.

 

Son chantier ferme le 30 juin. Ces montres sont les dernières choses qu'il fera de ses mains.

Le fils du port : quand le bois de coque devient une vocation

Gildas Morvant n'a jamais envisagé de faire autre chose.

 

Son père, René Morvant, était matelot sur les thoniers qui partaient de Douarnenez vers les côtes africaines. Sa mère vendait le poisson sur le port le matin à cinq heures. Gildas grandissait entre les quais et les hangars, à regarder les charpentiers travailler.

 

À seize ans, il entre en apprentissage au Chantier Hénaff, l'un des derniers chantiers de construction navale en bois du Finistère. Il apprend tout. La quille en chêne massif, posée en premier, qui porte tout le reste. Les membrures courbées à la vapeur, une par une. Les bordés qu'on fixe au millimètre pour que la coque ne prenne pas l'eau. Le calfatage à l'étoupe que les anciens faisaient chanter sous le maillet.

 

"Le chêne de marine, c'est pas le même bois qu'en menuiserie", explique-t-il. "Il a vécu dehors, il a travaillé avec le temps. Dense, serré, imputrescible. Un bordé de chêne bien posé, ça tient cinquante ans dans l'eau salée sans bouger."

 

En 1983, il rachète le chantier à son patron qui part en retraite. Pendant vingt ans, il construit des bateaux de pêche pour les patrons du Guilvinec, de Concarneau, de Douarnenez. Des langoustiers, des sardiniers, des chalutiers côtiers. Il en a sorti plus de quatre-vingts de son chantier.

 

Puis le polyester arrive. Puis l'aluminium. Les chantiers en bois ferment les uns après les autres. Gildas reste. Parce qu'il ne sait faire que ça. Et parce qu'il y a encore des bateaux à réparer.

La tempête de 2019 : quand la mer reprend ce qu'elle a donné

Décembre 2019. La tempête Fabien frappe la côte finistérienne avec des vents à cent quarante kilomètres-heure. Dans le port de Douarnenez, plusieurs bateaux sont arrachés de leurs amarres et projetés contre les quais.

 

Gildas passe trois semaines à réparer ce qui peut encore l'être. Il travaille par températures négatives, les mains dans l'eau, les genoux dans les copeaux. À soixante-quatre ans.

 

"Ma fille Morgane me regardait. Elle ne disait rien mais je voyais ce qu'elle pensait." Il marque une pause. "Elle avait raison."

 

Le soir du réveillon, Morgane lui dit ce qu'elle pense vraiment : "Papa, tu répares les bateaux des autres depuis quarante ans. T'as jamais rien fait pour toi."

 

Cette phrase reste. Elle travaille.

 

Les semaines qui suivent, Gildas commence à dessiner. Pas un bateau. Une montre. Ronde, sobre, marine. Un cadran en chêne de bordé récupéré sur une vieille coque. Une aiguille dans le bleu exact de la mer d'Iroise. Une couronne avec un verre poli par les vagues.

 

"Je voulais faire quelque chose avec ce que j'avais sous la main depuis quarante ans. Le bois des coques. Le verre que la mer ramène sur la plage. L'acier des instruments de bord. Tout ce qui vient de la mer, pour faire une montre qui vient de la mer."

 

Il passe deux ans à affiner. À choisir ses fournisseurs. À refuser des mouvements qui ne lui conviennent pas. À tester des finitions. Il commande ses composants par lots, deux cent quarante boîtiers, deux cent quarante mouvements japonais, pour obtenir des prix industriels.

 

Fin 2024 : les 240 montres sont prêtes. Et ses genoux, eux, ont décidé d'arrêter.

"Vous ne pouvez plus travailler accroupi ni à genoux"

Janvier 2025. Le verdict du chirurgien orthopédiste est sans appel. Arthrose sévère des deux genoux, aggravée par des décennies de travail en position accroupie sur les coques. Une prothèse bilatérale est inévitable. La reprise d'une activité physique intense est exclue.

 

"Ça m'a pas surpris", dit Gildas. "Depuis deux ans je savais. Je montais les escaliers les genoux en premier, comme les vieux. Je faisais semblant de pas voir."

 

Morgane arrive le week-end suivant. Elle voit les montres rangées dans leurs écrins sur l'établi. Elle voit le courrier du chirurgien sur le bureau. Elle voit son père debout devant le chantier, les mains dans les poches, qui regarde ses propres créations comme s'il ne les avait jamais vraiment vues.

 

"Elle a dit : maintenant tu les vends. Et tu te soignes."

 

La décision est prise ce soir-là, autour de la table de la cuisine, avec une bolée de cidre et le bruit du port en fond.

240 montres : vendre sans intermédiaire, à prix juste

Trois semaines après la décision, un représentant commercial d'une enseigne parisienne de montres "lifestyle" le contacte. Il propose de racheter l'intégralité du stock.

 

"Il m'a proposé 44 euros pièce, chèque sous huit jours. Il voulait les revendre sous une marque avec un nom anglais à 440 euros dans des concept stores."

 

Gildas a raccroché.

 

"Ces montres, c'est quarante-trois ans de métier condensés en deux cent quarante pièces. Le chêne que j'ai récupéré sur de vraies coques. Le verre que j'ai ramassé sur ma plage. Le bleu que j'ai choisi parce que c'est la couleur de la mer devant chez moi le matin. Un type qui met un nom anglais là-dessus et les vend dans une boutique de Paris… Non."

 

C'est Morgane, 38 ans, qui monte la page de vente en un week-end depuis son appartement de Rennes. Directe, sobre, les photos du chantier, les photos des montres, le prix affiché. Gildas lui a demandé une seule chose : "Dis-leur d'où vient chaque pièce. Le reste, ils verront."

 

La page est en ligne depuis cinq semaines. Il reste moins de 160 pièces.

La Montre Morvant : ce que quarante ans de mer donnent à 77 €

La Montre Morvant n'est pas une montre de série. Chaque élément vient de la mer ou d'un bateau. 

 

Voici ce qui la distingue :

 

✅ Le cadran en chêne de marine récupéré sur de vraies coques. Pas du bois neuf sorti d'une scierie. Du chêne prélevé sur des chutes de bordés de coques démontées, des bateaux qui ont navigué pendant des décennies. Chaque cadran est découpé dans un tronçon différent. Les veines, les nœuds, les variations de teinte ne se reproduisent jamais à l'identique. "La montre que vous recevez n'existe qu'en un seul exemplaire. Il y en a 240. Aucune n'est pareille."

 

✅ Le bracelet en chêne de marine, maillons façonnés, verni marin. Même essence que le cadran. Le bois qui faisait tenir les coques en mer fait maintenant tenir la montre au poignet. Les maillons sont poncés et vernis avec le même vernis marin que Gildas appliquait sur les ponts de ses bateaux — il durcit avec le temps, résiste à l'humidité, s'assombrit légèrement avec les années comme le bois d'un vieux bateau bien entretenu.

 

✅ L'aiguille des secondes bleue, acier bleui par oxydation thermique. Le bleu n'est pas une peinture. C'est de l'acier chauffé à très haute température jusqu'à ce que le métal lui-même vire au bleu profond — la même technique utilisée pour les instruments de navigation de marine depuis deux siècles. La couleur est dans le métal, pas sur le métal. Elle ne s'écaille pas. "J'ai choisi cette teinte parce que c'est la couleur exacte de la mer d'Iroise par temps clair. Je la vois depuis mon chantier chaque matin depuis quarante ans."

 

✅ La couronne ornée d'un verre de mer ramassé sur la plage. Du verre poli par les vagues, collecté sur la plage en contrebas du chantier. Des morceaux de bouteilles, de vitrages de bateaux, de hublots, que la mer a arrondis et dépolis pendant des décennies. Gildas les ramasse depuis des années, les trie par couleur et par taille. Chaque couronne est différente. Certaines sont transparentes, d'autres légèrement bleutées ou verdâtres selon l'origine du verre. "C'est la mer qui les finit. Moi je les pose juste."

 

✅ Le boîtier en acier inoxydable brossé, finition instrument de marine. Le même traitement de surface que les instruments de bord, mat, anti-reflets, insensible au sel et à l'humidité. Pas de brillant, pas de dorure. Une montre faite pour être portée, pas exposée.

 

✅ Le mouvement quartz japonais haute précision. Le seul élément qui ne vient pas de la mer. Gildas l'assume : "J'aurais pu mettre du mécanique pour faire bien. Mais le mécanique demande un entretien que les gens ne font jamais. Le quartz japonais est honnête. Une pile tous les deux ou trois ans. Ces montres doivent fonctionner sans qu'on s'en occupe, comme un bon bateau."

 

"Les gens me demandent comment je vends à 77 euros ce qui ressemble à une montre à 500 euros. La réponse est simple : j'ai acheté mes composants en grande quantité, mon chantier est amorti depuis vingt ans, et je n'ai aucun intermédiaire. Chaque maillon retiré du circuit, c'est 30 à 50 % de marge en moins sur le prix final."

Il reste moins de 160 pièces — Satisfait ou remboursé 30 jours — Aucun réassort prévu.

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Les réactions des premiers acheteurs

"Je suis marin pêcheur à la retraite, j'ai passé trente ans sur des bateaux en bois. Quand j'ai vu que le cadran était en vrai chêne de coque, j'ai commandé sans hésiter. Elle est arrivée dans un écrin sobre, bien protégée. La qualité est là. Le bleu de l'aiguille est exactement la couleur de la mer par beau temps. Je la porte tous les jours." 

 

— Patrick R., 67 ans, Lorient

"Mon mari est charpentier. Il a regardé la montre pendant dix minutes à la loupe avant de me dire que le travail était sérieux. Pour lui c'est le plus beau compliment. On en a commandé une deuxième pour son frère." 

 

— Françoise D., 62 ans, Brest

"Sceptique au départ. Un cadran en vrai bois récupéré sur une coque, j'avais du mal à y croire. Et bien le cadran est authentique, les veines du bois sont visibles, ma montre a un fil de bois presque noir qui traverse le cadran en diagonale. Je l'aurais pas eu si j'avais commandé en boutique. Elle aurait été identique aux autres." 

 

— Henri M., 59 ans, Nantes — Achat vérifié

Gildas lit ces messages depuis l'atelier. Il répond à la plupart lui-même.

 

"Les gens qui commandent savent d'où vient chaque pièce. Certains me posent des questions sur les bateaux, sur le bois, sur comment je ramasse les verres de mer. Je leur réponds. Ces montres ont une histoire. C'est pour ça que je les ai faites."

Pourquoi 77 € et pas plus

La question revient dans chaque message.

 

"Mon atelier est amorti depuis longtemps. Pas de boutique, pas de commercial, pas de loyer commercial. Le bois des cadrans, je l'ai récupéré sur des démantèlements de coques, il ne m'a presque rien coûté. Les verres de mer, je les ramasse sur la plage depuis des années. J'ai acheté mes composants industriels par lots de 240, ce qui m'a donné des prix de gros. Et je vends directement."

 

Il ajoute ce que peu de vendeurs disent : "Je ne fais pas de publicité. Morgane a mis la page en ligne, les gens ont partagé, d'autres ont commandé. C'est tout."

 

Et surtout : ces 240 montres sont les dernières. "Si j'avais voulu maximiser, j'aurais dit oui au type de Paris. 44 euros fois 240, chèque la semaine suivante. Mais j'aurais vendu deux ans de travail à quelqu'un qui allait mettre un nom anglais dessus. Ces montres, je les ai conçues avec ce que la mer m'a donné pendant quarante ans. Elles méritent mieux que ça."

Ce que vous recevez exactement pour 77 €

La montre : boîtier rond en acier inoxydable brossé finition marine, verre saphir traité anti-reflets, cadran en chêne de marine récupéré sur coque véritable, index en laiton, aiguilles en acier avec aiguille des secondes bleue par oxydation thermique, couronne ornée d'un verre de mer poli par les vagues, mouvement quartz japonais haute précision, bracelet en chêne de marine maillons façonnés verni marin, boucle ardillon acier brossé. Pile incluse et montée. Étanchéité 5 ATM.

 

L'écrin : boîte rigide à fermoir magnétique avec insert rembourré. La montre voyage et arrive en parfait état.

 

La fiche de provenance : l'origine du bois, le numéro de pièce, et le numéro direct de Gildas pour toute question.

 

"Je ne vends pas une marque. Je vends une montre faite avec ce que la mer m'a donné toute ma vie, à un prix qui correspond à ce qu'elle coûte vraiment à fabriquer sans intermédiaire."

Combien reste-t-il de pièces ?

Au moment de la publication, Gildas confirme qu'il reste moins de 160 pièces sur les 240 initiales. Le stock baisse régulièrement, une commande le matin, deux le soir, des paires commandées ensemble par des frères, des couples.

 

Il n'y aura pas de deuxième production. "Je prends ma retraite. Ces montres sont les dernières. Une fois le stock épuisé, la page ferme."

 

Morgane a intégré un compteur de stock en temps réel sur la page de commande. "Il voulait que les gens sachent exactement où en est le stock. Pas pour créer une pression. Juste pour être honnête."

 

STOCK RESTANT : Moins de 160 pièces. Aucun réassort prévu. Vente directe uniquement.

Pour ceux qui hésitent, Gildas a un message simple : "Je ne suis pas vendeur. Si vous aimez la mer, le bois, et les objets faits pour durer, commandez. Sinon, pas de problème."

 

Morgane, depuis l'autre bout du fil : "Ce qu'il ne vous dit pas, c'est qu'un client lui a écrit pour lui dire que c'était la première montre qu'il portait depuis que son père était mort, parce que son père était charpentier de marine lui aussi. Gildas a gardé ce mail."

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Montre Morvant — Chêne de coque • Aiguille bleue Iroise • Verre de mer • Acier brossé marine

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