Novembre 2022. Geneviève Valmont est hospitalisée en urgence pour un infarctus du myocarde. Quarante-deux ans de mariage. Quarante-deux ans à gérer les commandes, à répondre aux clients, à tenir les comptes pendant que Thomas assemblait.
"Geneviève, c'est ma boussole", confie-t-il, les yeux fixés sur l'établi. "Elle sait tout faire ce que je ne sais pas faire. Et moi je sais faire une seule chose : construire des montres. Ce soir-là à l'hôpital, j'ai réalisé que si elle partait, je ne savais pas comment vivre."
Les semaines de convalescence sont les plus longues de sa vie. Il reste à la maison, il cuisine mal, il range sans savoir où ranger. Il descend dans l'atelier à des heures improbables. Pas pour travailler, pour ne pas rester immobile.
C'est dans ces semaines-là qu'il commence à dessiner la Valmont.
D'abord sur du papier. Les proportions d'un boîtier rectangulaire qu'il imagine depuis longtemps mais n'a jamais eu le temps de développer. Les chiffres romains en bleu, les aiguilles bleues, le cadran guilloché à motif concentrique. Il passe des heures sur les détails. Il appelle ses fournisseurs de composants. Il commande des prototypes. Il refuse des cadrans qui ne sont pas à la hauteur, en commande d'autres.
"Je ne savais pas vraiment pourquoi je construisais cette montre", dit-il. "Geneviève allait mieux, elle rentrait à la maison. Mais j'avais commencé quelque chose. J'avais besoin de finir."
Pendant deux ans, Thomas Valmont conçoit. Des aller-retours avec ses fournisseurs. Des prototypes abandonnés. Des cadrans refusés. Il voulait une montre rectangulaire qui aurait sa place dans une vitrine de la Place Vendôme, proposée à un prix de bon sens.
Fin 2024, il avait 384 pièces assemblées, contrôlées, prêtes. Et ses mains commençaient à trembler.
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