Un grossiste bio de Vannes l'appelle un mardi matin. « Je vous reprends tout le stock, 11€ pièce », annonce-t-il. Loïc demande ce qu'il en fera. « Les revendre 79 à 89€ dans des épiceries fines et des concept stores parisiens. »
« J'ai raccroché », raconte Loïc. « L'idée qu'un type à Paris vende mes sacs huit fois leur prix, posés sur une étagère en chêne avec une petite étiquette manuscrite, ça m'a soulevé le cœur. Ces sacs, je les ai cousus pour qu'ils servent. Pas pour qu'ils décorent une cuisine de magazine. »
C'est Yannick qui trouve la solution. Vendre en ligne, directement, sans intermédiaire. Pas à 79€ comme Soizic le faisait sur les marchés. Pas à 89€ comme le grossiste l'aurait fait. À 29€. Le prix juste pour que chaque sac trouve une famille qui l'utilisera vraiment, tous les jours, pendant des années.
Quand ces 1247 sacs seront partis, c'est terminé. Pas de nouvelle production. Pas de réassort. L'atelier sera vidé et la venelle de Locronan perdra le dernier de ses ateliers textiles. Cinquante-deux ans de savoir-faire concentrés dans ces dernières pièces.
« Je ne fais pas la charité », insiste Loïc. « Je veux que mes sacs finissent dans les mains de gens qui aiment le bon pain. Des gens qui comprendront la différence entre un sac plastique qu'on jette et une toile qui peut traverser deux générations. »
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Des clients fidèles depuis 25 ans témoignent
La nouvelle de la fermeture se répand dans le Finistère, puis bien au-delà. D'anciens clients, certains fidèles depuis trois décennies, prennent contact. Les témoignages affluent.
« J'ai acheté mon premier sac chez Loïc en 2001, sur le marché de Locronan. Vingt-cinq ans plus tard, il est toujours dans ma cuisine. Il a connu trois déménagements, deux enfants qui mettaient leurs goûters dedans, et des milliers de pains. Le tissu est patiné, mais il garde encore mes baguettes fraîches comme au premier jour. »
— Annick L., 64 ans, Brest
« Mon mari m'a offert un sac de Loïc pour notre anniversaire de mariage en 2008. Sur le moment j'ai trouvé ça radin comme cadeau. Dix-huit ans plus tard, c'est l'objet de ma cuisine que je ne remplacerai jamais. Quand j'ai appris que Loïc fermait, j'ai pleuré comme une bête. »
— Catherine M., 59 ans, Lorient
« Je suis boulanger depuis trente ans à Douarnenez. Je propose les sacs de Loïc à mes clientes les plus fidèles depuis 1998. Aucun emballage industriel n'arrive à la cheville d'une toile cirée par Loïc. Le jour où il ferme, c'est tout un pan de la Bretagne qui s'efface. »
— Erwan G., boulanger, Douarnenez
Sur les réseaux locaux, d'anciennes clientes partagent des photos de leurs sacs, certains datant des années 90, encore en parfait état. Une journaliste du Télégramme est venue interviewer Loïc la semaine dernière. La mairie de Locronan lui a proposé une exposition pour célébrer son départ. Il a décliné.
« Je ne veux pas d'exposition », dit-il. « Je veux que mes sacs parlent pour moi. Dans trente ans, si une grand-mère sort une miche de pain d'un de mes sacs et qu'elle se dit: tiens, il a bien tenu celui-là, alors j'aurai gagné. »