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Une fabricante de jouets alsacienne de 71 ans liquide ses lapins de Pâques sauteurs avant de fermer définitivement son atelier
Après 18 ans à confectionner des peluches qui "semblent vivantes", Colette Muller n'a plus la force de continuer. Nous avons enquêté sur cette histoire qui bouleverse Strasbourg.
Une lettre de Colette Muller, artisane du jouet, Strasbourg
Strasbourg — Colette Muller, 71 ans, fermera les portes de son atelier le 30 avril 2026. Dans son petit local de 25m² au cœur de la Krutenau, elle empile pour la dernière fois ses créations les plus précieuses : des lapins de Pâques en peluche, si bien animés qu'ils sautent comme de vrais lapins.
La raison de cette fermeture ? Un bail qui ne sera pas renouvelé, des genoux qui refusent de la porter davantage, et une réalité cruelle : à 71 ans, on ne repart pas de zéro. "Mon médecin me l'avait dit depuis l'hiver dernier", confie-t-elle, les yeux brillants. "Colette, votre corps vous envoie un message. Il était temps que j'écoute."
Avant de baisser le rideau définitivement, l'artisane solde ses 312 derniers lapins à 34€ au lieu de 68€. Une liquidation qui n'a rien d'une opération commerciale classique : c'est la conclusion d'une aventure humaine qui a ému toute l'Alsace.
Notre enquête révèle comment une promesse faite à une petite fille est devenue une passion de presque deux décennies — et pourquoi ces 312 lapins sont les derniers qui existeront jamais.
La promesse qui a tout déclenché : quand un enfant qui pleure change une vie
Avril 2007. Colette Muller est encore directrice adjointe d'une école primaire de Strasbourg. Ce matin-là, une petite élève de CP arrive en larmes dans la cour : son lapin de Pâques en plastique s'est cassé pendant la nuit. "Il bougeait même plus", sanglotait la fillette, inconsolable.
"J'ai regardé ce jouet en plastique mou dans ma main", se souvient Colette. "Et j'ai pensé : voilà ce qu'on donne à nos enfants. Des choses qui cassent avant même qu'ils aient eu le temps de les aimer."
Ce soir-là, rentrée chez elle, elle ouvre les vieux cahiers de couture de sa mère. Elle passe le week-end à coudre. Le lundi, elle revient avec un lapin en peluche épaisse, avec un petit mécanisme qui lui fait faire de vrais petits bonds.
La petite fille l'a regardé sauter sur le parquet de la classe. Ses larmes se sont arrêtées net.
"Ce visage-là", dit Colette doucement. "Je l'ai cherché à recréer pendant dix-huit ans."
En 2008, elle prend sa retraite anticipée et loue un atelier de 25m² dans le quartier de la Krutenau. Un refuge qui deviendra sa raison de vivre.
18 ans de recherche pour qu'une peluche "semble vivante"
Ce qui rend le lapin de Colette différent, ce n'est pas la couture. C'est le mouvement.
Pendant des années, elle a étudié les lapins. Leurs bonds. La façon dont leur museau frémit. La légèreté de leur allure. "Un vrai lapin ne marche pas. Il pulse", explique-t-elle. "Tout mon travail, c'était de retrouver ça."
Elle a testé des dizaines de mécanismes. Rejeté tout ce qui semblait mécanique, prévisible, froid. Elle voulait ce bond vif, spontané — le genre qui fait demander aux enfants "mais il respire vraiment ?"
Elle a trouvé. Ses lapins sautent exactement comme des vrais : ce petit élan vers l'avant, ces pauses courtes et curieuses entre chaque bond.
Pour la peluche, même exigence. "Je refusais les matières synthétiques qui grattent", dit-elle. "Mes lapins doivent pouvoir être serrés fort, lavés, emportés partout. Ils doivent survivre à une enfance." Elle a fini par trouver une peluche épaisse, douce, ce que les Alsaciens appellent qualité heirloom — le genre qu'on garde vingt ans.
Résultat : une peluche que les enfants prennent dans leurs bras et ne lâchent plus. Que les grands-mères posent dans des paniers de Pâques et retrouvent encore sur les étagères de leurs petits-enfants adultes.
Une vague de fidélité inattendue
Quand la nouvelle de la fermeture a commencé à circuler dans le quartier, les réactions ont été immédiates.
Des clientes fidèles de dix ans ont envoyé des messages. Une grand-mère de Colmar a écrit : "Votre lapin est dans le lit de ma petite-fille depuis trois ans. C'est le premier objet qu'elle cherche le matin." Une mère de Lyon : "Je l'ai vu sauter pour la première fois et j'ai eu les larmes aux yeux. Ma fille a dit qu'il était vivant."
Mais Colette Muller refuse toute forme de pitié. "Je ne cherche pas à être sauvée", insiste-t-elle. "Je veux fermer comme j'ai travaillé : avec dignité."
Sa décision : liquider ses 312 derniers lapins à moitié prix. 34€ au lieu de 68€. Chaque vente lui permet d'honorer son dernier mois de loyer, de remercier les fournisseurs qui lui ont fait confiance, et de partir la tête haute.
Les 312 derniers lapins d'une vie de travail
Sur l'établi qu'elle a construit elle-même il y a dix-huit ans, 312 lapins attendent. Pas de stock dans un entrepôt. Pas de réassort possible. Juste ce qui reste d'une passion condensée dans 25m².
"Ce ne sont pas des jouets de série", précise Colette. "Ce sont les derniers. Quand ils seront partis, ce sera vraiment fini."
Chaque lapin est assemblé selon le même protocole qu'elle a affiné pendant dix-huit ans. Le mécanisme vérifié. La peluche contrôlée. Le bond testé avant emballage. "Je ne mets pas mon nom sur quelque chose que je n'ai pas vérifié moi-même."
Les acheteurs ne s'y trompent pas. Beaucoup commandent deux ou trois lapins : pour tous les petits-enfants, pour ne pas qu'il y en ait un qui soit jaloux. "Les meilleurs cadeaux de Pâques", observe Colette, "ne disparaissent pas le soir même comme les œufs en chocolat. Ils restent. Ils deviennent des personnages de la famille."
Quand ces 312 lapins seront partis, l'atelier de la Krutenau fermera le 30 avril. Et avec lui, dix-huit années d'un savoir-faire que personne d'autre ne reproduira.
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Un héritage qui survivra aux murs de l'atelier
Colette Muller ne se fait pas d'illusions. Dans quelques semaines, elle rendra les clés. L'établi sera démonté. Les 25m² de la Krutenau accueilleront probablement un autre commerce.
Mais elle refuse d'y voir un échec.
"Quand mon atelier n'existera plus, ces petits lapins continueront à sauter dans les salons de France", dit-elle avec un sourire calme. "Et peut-être que certains enfants se souviendront qu'un lapin peut sembler vivant — vraiment vivant — si on y met assez d'amour."
Pour ceux qui hésitent encore, son message est simple : "Ce n'est pas de la charité que je vous demande. C'est juste de donner une maison à ce que j'ai fabriqué avec mes mains pendant dix-huit ans."
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Comment commander avant qu'il ne soit trop tard
Les 312 lapins représentent tout ce qui reste de l'atelier de Colette Muller. Aucun réassort ne sera possible. Aucune nouvelle production n'est envisageable.
Le prix a été divisé par deux : 34€ au lieu de 68€. Les commandes se passent directement en ligne. Colette garantit chaque lapin : satisfait ou remboursé sous 30 jours.
Les délais de livraison sont courts. Elle expédie personnellement depuis Strasbourg. Des clients ayant déjà reçu leur commande témoignent : "Encore plus doux que sur les photos", "Mon fils n'a pas voulu le lâcher de la soirée", "On dirait vraiment qu'il est vivant."
Le temps presse. Dans quelques semaines, l'atelier fermera définitivement.
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