Publi-communiqué

Une chaîne de jardinerie voulait racheter ces sécateurs 12€ pour les revendre 89€ en rayon. Le forgeron a préféré tout céder à 59€ aux jardiniers

Après 45 ans à forger des sécateurs pour les plus grands domaines viticoles de Bourgogne, Henri Vasseur perd son atelier. Nous avons enquêté sur cette histoire qui secoue la Côte de Beaune.

Enquête • Côte-d'Or • Février 2026

Henri Vasseur forgeron Pommard Côte-d'Or

Pommard, Côte-d'Or — Henri Vasseur, 73 ans, rangera ses marteaux pour la dernière fois le 30 avril 2026. Dans son atelier de forge adossé aux murs d'un ancien chai, entre deux rangées de vignes qui descendent vers Volnay, il contemple ce qu'il lui reste : 847 sécateurs forgés un par un, empilés sur les étagères que son père avait construites en 1962.

La raison de cette fermeture ? Pas la retraite, Henri dit qu'il mourra debout devant son enclume. Le problème, c'est que l'enclume ne sera bientôt plus là. Le bâtiment qui abrite sa forge depuis trois générations a été racheté par une société d'œnotourisme. L'atelier deviendra une salle de dégustation avec vue sur les vignes. Henri a reçu la lettre en septembre : il a jusqu'à fin avril pour vider les lieux.

Avant de rendre les clés, le maître forgeron a pris une décision qui a surpris tout le village : vendre ses 847 derniers sécateurs à 59€ au lieu de 149€. Pas une opération commerciale. Le dernier geste d'un homme qui refuse que son travail finisse dans une benne à ferraille.

Notre enquête révèle comment 45 ans de savoir-faire sont sur le point de s'éteindre, et pourquoi cette fermeture inquiète bien au-delà de Pommard.

La forge entre les vignes : quand l'acier naît au milieu des ceps

La forge des Vasseur entre les vignes de Bourgogne

À Pommard, tout le monde connaît la forge des Vasseur. Pas parce qu'elle est grande — c'est un atelier de 40m² coincé entre un mur de pierre et un rang de Pinot Noir. Mais parce que depuis 1962, c'est ici que naissent les sécateurs qui taillent les plus grands crus de la Côte de Beaune.

Le père d'Henri, Robert Vasseur, était maréchal-ferrant. Quand les chevaux ont disparu des vignes dans les années 50, il s'est reconverti. Les vignerons avaient besoin d'outils. Robert a commencé par forger des serpettes, puis des sécateurs. Des lames en acier au carbone, trempées dans l'huile de colza, avec des poignées taillées dans le noyer des haies qui bordent les parcelles.

Henri n'a pas eu le choix. Enfant unique, il a grandi dans les étincelles et l'odeur du charbon. À quatorze ans, il forgeait ses premiers outils. À vingt-huit ans, quand Robert a posé le marteau, Henri a repris l'atelier sans hésiter.

"Mon père avait une règle", raconte Henri en tournant un sécateur entre ses doigts épais. "Un sécateur, ce n'est pas une pince. C'est un scalpel. Si ta coupe n'est pas nette, c'est la vigne que tu condamnes."

Ce n'est pas une image. En viticulture, une coupe mal faite — écrasée, déchirée, arrachée — ouvre la porte aux maladies. L'esca, l'eutypiose, le black dead arm. Des champignons qui s'infiltrent par le bois blessé et tuent le cep en quelques années. Les vignerons le savent. C'est pour ça que les domaines de Pommard, Volnay, Meursault et Beaune font forger leurs sécateurs chez Henri depuis des décennies.

"Le sécateur d'Henri, c'est une assurance-vie pour mes vignes. Sa lame coupe le sarment comme un bistouri. Le bois cicatrise en trois jours au lieu de dix. En trente ans, je n'ai pas perdu un seul cep à cause d'une mauvaise coupe."

— Gérard Moutier, viticulteur à Volnay depuis 1991

Mais en septembre 2025, une lettre recommandée change tout.

"Votre bail ne sera pas renouvelé" : quand le tourisme efface l'artisanat

Atelier de forge Pommard Côte-d'Or

Le coup vient d'où Henri ne l'attendait pas. Pas de son corps, même si ses épaules protestent chaque matin. Pas de ses mains, même si l'arthrose grignote ses doigts depuis cinq ans. Le coup vient d'un courrier de la mairie.

L'ancien propriétaire du bâtiment, un vigneron à la retraite qui lui louait l'atelier pour une bouchée de pain depuis 1989, a vendu. L'acheteur : une société basée à Dijon, spécialisée dans l'œnotourisme haut de gamme. Leur projet ? Transformer le chai et l'atelier en "espace d'expérience vineyard" avec dégustation, boutique et terrasse panoramique sur les vignes de Pommard Premier Cru.

"Je ne leur en veux même pas", dit Henri, assis sur le tabouret en bois qu'il occupe depuis quarante ans. "Le tourisme, c'est ce qui fait vivre le village maintenant. Mais quand même. Soixante ans de forge, mon père et moi, et un jour tu reçois une lettre qui te dit : c'est fini, vous avez huit mois."

Henri a cherché un autre local. À Pommard, rien de disponible — le moindre mètre carré vaut de l'or depuis l'explosion de l'œnotourisme. À Beaune, les loyers ont triplé. À Nuits-Saint-Georges, il a trouvé un hangar, mais le propriétaire ne voulait pas d'une forge à cause du bruit et du feu.

Simone, sa femme depuis 47 ans, a été claire : "Henri, tu as 73 ans. Tu ne vas pas déménager une forge de 800 kilos pour recommencer ailleurs. Il faut trouver une solution pour les sécateurs et tourner la page."

Henri n'aime pas quand Simone a raison. Mais Simone a toujours raison.

Le dernier apprenti est parti en 2019. Personne n'a pris la relève.

Henri Vasseur dernier forgeron de Bourgogne

Ce qui rend cette fermeture définitive, ce n'est pas seulement la perte du local. C'est qu'il n'y a personne pour prendre la suite.

En quarante-cinq ans, Henri a formé trois apprentis. Trois jeunes du village ou des environs qui sont venus apprendre à forger. Le premier, en 1988, est resté quatre ans avant de partir travailler dans une usine de pièces automobiles à Chalon-sur-Saône. Le deuxième, en 2003, a tenu deux ans. "Il trouvait que c'était trop dur physiquement", se souvient Henri. "Il avait pas tort."

Le troisième, Kévin, est arrivé en 2016. Vingt-deux ans, passionné, doué. Henri y a cru. Pendant trois ans, il lui a tout transmis : le choix de l'acier, la température de la forge, le geste du marteau, le secret de la trempe. Kévin progressait vite. Pour la première fois, Henri imaginait un avenir pour l'atelier.

En 2019, Kévin a reçu une offre d'un fabricant d'outillage industriel en banlieue lyonnaise. CDI, 2 400€ net, mutuelle, tickets restaurant. Henri lui proposait 1 500€ par mois et des doigts brûlés.

"Je ne peux pas lui reprocher", dit Henri. "Il a 25 ans, il veut construire sa vie. La forge, ça ne nourrit pas son homme comme avant. Mais quand il est parti, j'ai compris que c'était fini. Que tout ce que mon père m'avait appris mourrait avec moi."

Depuis 2019, Henri forge seul. Sept jours sur sept. Pas par nécessité commerciale, les commandes des domaines viticoles, il les honore en quelques mois. Il forge parce que c'est tout ce qu'il sait faire. Et parce que chaque sécateur qu'il termine est une petite victoire contre l'oubli.

Les sécateurs se sont empilés. 100. 300. 500. 847. Chacun forgé comme si un vigneron de Pommard l'attendait. Chacun parfait, parce qu'Henri ne sait pas travailler autrement.

Pourquoi un sécateur forgé main change tout au jardin

Sécateur Henri Vasseur forgé main acier au carbone

Pour comprendre la différence entre un sécateur forgé par Henri Vasseur et un sécateur à 15€ de jardinerie, il suffit de couper une branche de rosier.

Avec un sécateur industriel, la branche résiste. Il faut forcer, serrer, parfois s'y reprendre à deux fois. La coupe est écrasée, fibreuse. Le bois blanchit aux extrémités. C'est le signe que les cellules ont été broyées, pas tranchées. La cicatrisation sera lente. Les maladies s'infiltreront.

Avec un sécateur forgé par Henri, la branche cède sans résistance. Un geste, un clic, c'est fait. La coupe est nette, lisse, presque brillante. Le bois cicatrise en quelques jours. La plante n'a même pas "senti" la taille.

"Les gens pensent qu'un sécateur c'est un sécateur", explique Henri. "C'est comme dire qu'un couteau c'est un couteau. Essayez de trancher une tomate avec un couteau de cantine, vous comprendrez la différence."

Voici ce qui rend ses sécateurs uniques :

L'acier au carbone forgé à haute température. Pas de l'acier inoxydable moulé en usine. De l'acier au carbone chauffé à plus de 850°C dans la forge au charbon, martelé pour aligner la structure du grain, puis trempé dans un bain d'huile. Résultat : une dureté de 58-60 HRC. En clair, une lame qui reste tranchante des années là où un sécateur industriel s'émousse en quelques semaines.

La lame courbe forgée à la main. La courbe n'est pas anodine. Elle est calculée pour que la force de coupe se concentre en un point, comme une guillotine miniature. Moins d'effort, plus de précision. Vos mains ne fatiguent pas, même après deux heures de taille.

Le ressort forgé — pas un ressort industriel. Sur un sécateur de jardinerie, le ressort est un fil d'acier plié en usine. Après quelques mois, il fatigue, se déforme, le sécateur "bâille". Le ressort d'Henri est forgé dans la même pièce que le corps du sécateur. Il ne fatigue pas. Il garde la même tension pendant des décennies.

Les poignées en bois de noyer. Pas de plastique qui glisse quand on transpire. Du noyer de Bourgogne, poncé grain par grain, huilé trois fois. Le bois épouse la paume avec le temps. Plus vous l'utilisez, plus il devient confortable. Et contrairement au plastique, il ne provoque pas d'ampoules.

Le poids juste : 220 grammes. Ni trop lourd, ni trop léger. Un sécateur trop léger oblige à forcer. Un sécateur trop lourd fatigue le poignet. Henri calibre chaque pièce au gramme près. L'équilibre est tel que le sécateur semble couper tout seul.

Les initiales "HV" gravées sur chaque lame. Quarante-cinq ans de tradition. Pas une seule lame sans sa signature.

"Quand vous prenez en main un sécateur d'Henri, vous comprenez immédiatement. C'est comme passer d'une voiture de location à votre propre voiture. Tout est à sa place. Tout coule. Vous ne voulez plus le lâcher."

— Henri Vasseur

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Des vignerons et des jardiniers témoignent depuis 30 ans

Vignerons et jardiniers témoignent du sécateur Henri Vasseur

La nouvelle de la fermeture s'est répandue dans les domaines de la Côte de Beaune comme un coup de gel en avril. Les vignerons qui utilisent les sécateurs d'Henri depuis des décennies n'arrivent pas à y croire.

"J'utilise le même sécateur d'Henri depuis 1996. Vingt-neuf ans. J'ai taillé mes Pommard Premier Cru avec, mes Volnay, mes Beaune. Ce sécateur a coupé plus de sarments que je ne pourrai jamais en compter. Et la lame coupe encore comme au premier jour. Le jour où Henri ferme, c'est un bout de la Bourgogne qui disparaît."

— Gérard M., viticulteur à Volnay

"Mon mari a offert un sécateur d'Henri à mon père pour ses 60 ans. Papa a 87 ans aujourd'hui. Il taille encore ses rosiers avec. Quand il a su qu'Henri fermait, il m'a dit : commande-m'en un deuxième avant qu'il soit trop tard. Au cas où."

— Martine P., 62 ans, Dijon

"Je suis paysagiste depuis 20 ans. J'ai essayé tous les sécateurs du marché. Les japonais, les suisses, les allemands. Aucun ne tient la comparaison avec une lame forgée par Henri. Le problème, c'est que je ne pourrai plus jamais en racheter."

— Thierry L., paysagiste, Beaune

"J'ai découvert les sécateurs d'Henri par hasard, en visitant un domaine viticole il y a dix ans. Le vigneron m'a laissé essayer le sien pour tailler un rosier dans la cour. J'ai commandé le mien le soir même. Depuis, le jardinage est devenu un plaisir au lieu d'une corvée."

— Françoise D., 59 ans, Chalon-sur-Saône

Sur le marché de Beaune, un samedi de janvier, trois anciens clients sont venus le voir rien que pour lui dire merci. L'un d'eux avait son sécateur de 1993 dans la poche, enveloppé dans un chiffon, comme une relique. Henri a souri. "C'est pour ça que je fais ce métier", a-t-il murmuré à Simone en rentrant.

847 sécateurs : la dernière offre du grossiste qui a tout déclenché

Sécateurs forgés main empilés dans l'atelier Vasseur

Quand la nouvelle de la fermeture s'est répandue, les appels ont commencé. Un distributeur d'outillage de jardin basé à Villefranche-sur-Saône a flairé l'affaire. Il a proposé de racheter les 847 sécateurs d'un bloc.

"Je vous en donne 12€ pièce", annonce-t-il. "On les reconditionne, on met notre marque, et on les distribue en jardinerie."

Henri demande à quel prix ils seront vendus. "Entre 79€ et 89€. C'est le marché."

"Douze euros", répète Henri en raccrochant. "Douze euros pour un sécateur qui m'a pris une journée de travail. Pour qu'un type colle son étiquette dessus et le vende sept fois le prix à des gens qui ne sauront même pas d'où il vient."

C'est Simone qui trouve la solution. Elle en parle à leur fils, Benoît, qui travaille dans l'informatique à Lyon. "Papa, on va les vendre en ligne", propose-t-il le dimanche suivant. "Directement. Sans intermédiaire. Aux gens qui les utiliseront vraiment."

Le prix ? 59€ au lieu de 149€. Pas une promotion. Le choix d'un artisan de 73 ans qui préfère vendre à perte plutôt que de voir son travail revendu sous une étiquette en plastique.

"149€, c'est ce que je demandais aux domaines viticoles", explique Henri. "C'était le juste prix pour une journée de travail. Mais là, je n'ai plus de loyer à payer, plus d'apprenti à former, plus de matière première à racheter. Le stock est là. Il faut qu'il parte. Et je préfère qu'il parte dans les mains de quelqu'un qui aime son jardin."

Quand ces 847 sécateurs seront vendus, c'est fini. Pas de réassort. Pas de nouvelle série. La forge s'éteint et les clés sont rendues le 30 avril.

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La taille de fin d'hiver n'attend pas : pourquoi c'est maintenant ou jamais

Taille de fin d'hiver rosiers et arbres fruitiers

Il y a une réalité que tout jardinier connaît : la taille de fin d'hiver, c'est maintenant. Pas en mai. Pas en juin. Maintenant.

Les rosiers se taillent en février-mars, avant la montée de sève. Les arbres fruitiers — pommiers, poiriers, cerisiers — c'est pareil. Les haies, les arbustes à floraison estivale, les vignes pour ceux qui en ont : tout se taille dans les prochaines semaines.

Tailler trop tard, c'est risquer de couper les bourgeons naissants. Tailler avec un mauvais sécateur, c'est écraser le bois et ouvrir la porte aux maladies. Le printemps 2026 de votre jardin se joue dans les prochains jours.

"Les vignerons le savent depuis toujours", rappelle Henri. "On ne taille pas avec n'importe quoi. Un mauvais outil fait plus de dégâts que pas de taille du tout."

Alors voilà la situation. Il reste 847 sécateurs forgés à la main par un maître forgeron de Bourgogne. Chacun est une pièce unique, forgée avec le même soin que ceux qui taillent les Premiers Crus de la Côte de Beaune depuis 45 ans.

Le prix a été fixé à 59€ au lieu de 149€. Ce n'est pas une promotion marketing. C'est le dernier acte d'un artisan qui refuse de brader son travail à un grossiste.

Chaque commande est vérifiée par Henri, emballée avec soin, et expédiée sous 48 heures. Henri garantit chaque sécateur : satisfait ou remboursé sous 30 jours. "Si ma lame ne vous convainc pas dès la première coupe, renvoyez-la", dit-il. "Mais en quarante-cinq ans, personne ne m'a jamais rendu un sécateur. On m'en a redemandé, ça oui."

Les premières commandes sont déjà parties. Les retours sont unanimes :

"J'ai taillé mes 12 rosiers en 45 minutes. D'habitude ça me prend deux heures et j'ai mal aux mains pendant trois jours. Avec le sécateur d'Henri, j'ai à peine senti les branches. Mon mari m'a demandé pourquoi je souriais dans le jardin."

— Nicole R., 64 ans, Tours

"On sent immédiatement la différence avec un sécateur de grande surface. Le poids, la prise en main, la coupe. C'est un autre monde. Et les poignées en bois, quel confort. J'ai jeté mon ancien sécateur le jour même."

— Bernard T., 68 ans, Auxerre

Le temps presse. Chaque jour, des dizaines de sécateurs trouvent leur propriétaire. Le compteur diminue. Et la saison de taille, elle, n'attend pas. Quand les bourgeons seront là, il sera trop tard pour tailler. Et quand les 847 sécateurs seront partis, il sera trop tard pour en obtenir un.

Pour ceux qui aiment leur jardin. Pour ceux qui en ont assez des sécateurs en plastique qui lâchent au bout d'une saison. Pour ceux qui veulent un outil forgé à la main, conçu pour durer toute une vie. L'occasion ne se représentera pas.

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